Rencontrez Abarna Lingeswaran : Scientifique senior dans une start-up
J’ai réalisé mon doctorat en microbiologie au sein du laboratoire « Peptides et communication bactérienne » de l’Institut MICALIS, au sein d’INRAE (Jouy-en-Josas, France).
Pourquoi avez-vous décidé de faire un doctorat ?
Mon stage de master a confirmé ma passion pour la recherche. J’aimais approfondir des questions scientifiques et j’étais motivée par l’idée de développer des solutions innovantes.
Quelle a été votre première étape après le doctorat ?
J’ai soutenu ma thèse pendant la période du COVID. Au lieu de postuler à un postdoctorat à l’étranger, comme je l’avais initialement envisagé, j’ai décidé d’explorer d’autres pistes. Six mois après ma soutenance, j’ai rejoint Hybrigenics Services en tant que cheffe de projet scientifique au sein d’une plateforme de services en R&D.
Aviez-vous un projet professionnel bien défini à ce moment-là ?
Je n’avais pas de plan précis, car je m’étais éloignée de mon objectif initial de réaliser un postdoctorat à l’étranger. J’étais donc ouverte à différentes opportunités sans savoir exactement où elles me mèneraient. Dans cet état d’esprit, j’ai entrepris une expérience de bénévolat pour soutenir un projet de start-up tout en explorant des pistes dans le secteur privé. Cela m’a permis de me familiariser avec l’écosystème des start-ups.
Quels ont été les principales difficultés que vous avez rencontrées ?
Après mon doctorat, l’un des principaux défis consistait à apprendre à me positionner sur le marché de l’emploi privé, alors que mon sujet de thèse relevait de la recherche fondamentale, sans lien direct avec l’industrie. Dans un tel contexte, il est essentiel d’identifier ses compétences transférables développées pendant le doctorat. Une autre difficulté était de prendre du recul par rapport à mon sujet de recherche et de rester ouverte à un large éventail de voies professionnelles, parfois éloignées de celles initialement envisagées.
Quel est votre poste actuel et dans quel secteur travaillez-vous ?
Je travaille actuellement comme scientifique senior en microbiologie dans une start-up spécialisée dans le développement de solutions pour lutter contre le changement climatique, à Paris.
En quoi votre doctorat vous est-il utile dans votre poste actuel ?
Mon expérience doctorale me permet d’identifier les principaux enjeux, de développer des solutions concrètes, de prioriser les expériences et les tâches afin de respecter les échéances, et de communiquer clairement des problématiques et des approches scientifiques à des collègues issus de disciplines variées.
Quelles compétences développées pendant votre doctorat utilisez-vous le plus aujourd’hui ?
La résolution de problèmes.
Avez-vous connu une ou plusieurs transitions professionnelles ?
J’ai connu deux transitions de carrière, que j’ai choisies. Lors de ces changements, le plus difficile était de faire face à l’incertitude quant au fait de prendre la bonne décision au bon moment.
Avec le recul, referiez-vous un doctorat ? Pourquoi ?
Oui, je referais le choix de faire un doctorat. Cette expérience m’a permis de découvrir ma résilience personnelle et m’a appris à évoluer dans le monde complexe de la recherche.
Que diriez-vous à un doctorant ou une doctorante qui doute actuellement ?
Mon directeur de thèse m’avait conseillé d’assister à une soutenance de thèse pour mieux comprendre à quoi ressemble l’étape finale. Cela m’a aidée à visualiser l’objectif. Je recommanderais également de recueillir autant d’informations que possible sur l’équipe qu’on souhaite rejoindre : une équipe solide et bienveillante fait toute la différence. Il est normal d’avoir des doutes avant, pendant et même après un doctorat. Lire des témoignages ou écouter des podcasts sur l’expérience d’autres doctorants peut aussi être utile. Il est important de s’entourer d’un bon cercle d’amis pour être soutenu tout au long du parcours. Si vous doutez, c’est souvent le signe que vous prenez cette décision au sérieux. Ce n’est pas un chemin facile, mais il peut être très enrichissant si vous choisissez de l’emprunter. Et rappelez-vous qu’aucune décision n’est irréversible.
Quelle est votre plus grande réussite depuis la fin de votre doctorat ?
L’expérience qui m’a apporté le plus de satisfaction est mon poste actuel, que j’ai rejoint à un stade très précoce de la start-up, il y a deux ans. Même si ma mission touche malheureusement à sa fin faute de financement, je suis fière d’avoir contribué à un projet scientifique porteur de sens et d’avoir travaillé avec une équipe extrêmement passionnée, représentant plus de dix pays et différentes disciplines. Cette équipe et les défis scientifiques rencontrés ont ravivé ma passion pour les microbes et la science.
Comment envisagez-vous la suite de votre carrière ?
Je suis de nouveau en train de réfléchir aux prochaines étapes, comme après mon doctorat, mais cette fois avec plus d’expérience et une vision plus claire de ce que je ne souhaite pas faire. J’explore actuellement différentes opportunités en R&D.
Quel conseil donneriez-vous aux docteurs en période de transition ?
Même si les périodes de transition peuvent sembler difficiles, elles sont souvent les meilleurs moments pour se réinventer. Vous pouvez continuer à explorer différentes voies tout au long de votre carrière, aussi longtemps que vous le souhaitez. Un doctorat vous dote des compétences nécessaires pour analyser et résoudre des problèmes complexes, et pour identifier les principaux enjeux dans votre domaine. Restez ouverts d’esprit : votre destination prendra forme tout naturellement.
