Rencontrez Marie-Émilie Terret : La curiosité comme guide !
Lauréate du Mid-Career Achievement in Mentoring Prize 2023, Marie-Émilie Terret est directrice de recherche à l’Inserm et cheffe d’équipe au Centre interdisciplinaire de recherche en biologie (CIRB – Collège de France).
Pouvez-vous vous présenter librement ?
Je suis chercheuse en biologie cellulaire et directrice de recherche à l’Inserm. Mon équipe s’intéresse à la formation des ovocytes chez les mammifères (souris et humains), des cellules qui une fois fécondées par un spermatozoïde donnent naissance à un embryon, puis à un nouvel individu. Ces cellules atypiques, encore largement mystérieuses, constituent un modèle fascinant pour aborder des questions à la fois fondamentales et appliquées.
Dans quelle discipline et dans quel contexte avez-vous préparé votre doctorat ?
J’ai préparé et soutenu une thèse en biologie du développement à l’Université Paris VI (aujourd’hui Sorbonne Université) en 2004, au sein de l’équipe dirigée par Marie-Hélène Verlhac, dans le laboratoire de biologie cellulaire du développement (UMR 7622).
Quel est votre parcours ? Pourquoi avoir choisi de faire un doctorat ?
Je me suis intéressée aux sciences relativement tard. Contrairement à certains chercheurs, je n’ai pas eu de révélation dans l’enfance. J’avais une appétence pour la biologie et m’imaginais plutôt vétérinaire ou médecin, sans vraiment savoir ce qu’était le métier de chercheur.
Mon parcours a été non linéaire. Passée par l’Université, j’ai intégré l’ENS Lyon en magistère, où j’ai rencontré Vincent Laudet en master 1. Sa manière vivante et passionnée d’enseigner le cycle cellulaire, ainsi que les échanges que nous pouvions avoir sur son métier, ont provoqué un véritable déclic. Un stage d’été en laboratoire a confirmé mon envie de m’orienter vers la recherche.
J’ai ensuite poursuivi avec un DEA (aujourd’hui master 2) en biologie moléculaire et cellulaire du développement à Sorbonne Université. C’est à cette période que j’ai rencontré Marie-Hélène Verlhac, qui venait de créer son équipe autour de l’ovocyte de souris. J’ai choisi de faire ma thèse dans son équipe. Grâce à cet encadrement, j’ai pu publier trois articles en premier auteur, ce qui m’a permis d’intégrer un excellent laboratoire pour mon post-doctorat.
Par la suite, Marie-Hélène a continué à soutenir mon parcours : j’ai été recrutée comme chercheuse à l’Inserm en 2010 dans son équipe, à mon retour de post-doctorat, et depuis 2017 nous co-dirigeons cette équipe.
Faire un doctorat a donc été un choix conscient, mais aussi largement façonné par des rencontres, la chance, l’instinct, ainsi que des qualités comme la persévérance, l’obstination, la résilience, l’indépendance et le goût de la liberté.
Quelle a été votre première étape après le doctorat ?
Après ma thèse en 2004, je souhaitais effectuer un post-doctorat à l’étranger. Découvrir d’autres environnements scientifiques a toujours été pour moi une source essentielle d’inspiration et de créativité.
J’ai postulé à une dizaine d’équipes et, malgré mes doutes, j’ai été acceptée partout. J’ai finalement choisi de rejoindre l’équipe de Prasad Jallepalli au Sloan Kettering Institute à New York, où je suis restée cinq ans (2004–2009). Cette expérience m’a offert un sentiment de liberté incomparable, avec la possibilité de se réinventer.
De retour en France grâce à une bourse postdoctorale de la Fondation ARC, j’ai réussi les concours CNRS et Inserm en 2010. J’ai choisi l’Inserm et réintégré l’équipe de Marie-Hélène Verlhac.
En 2011, l’équipe a rejoint le CIRB au Collège de France, puis en 2017, je suis devenue cheffe d’équipe en co-direction (équipe « Mécanique et morphogenèse des ovocytes »).
Quels ont été les principaux défis rencontrés ?
Le principal défi a été le sentiment d’illégitimité, ainsi que ma tendance à vouloir tout contrôler et à me poser trop de questions. Il m’arrivait aussi d’avoir peur de manquer d’idées ou de douter de mon utilité sociale.
Ce qui m’a aidé, c’est de ne pas me comparer aux autres. Avec le temps, et grâce aux nombreuses rencontres, j’ai appris à mieux me connaître et à être honnête avec moi-même. La curiosité a toujours été mon moteur.
Quel est votre poste actuel ?
Je suis directrice de recherche à l’Inserm et, depuis 2017, cheffe d’équipe au CIRB (Collège de France), où nous travaillons sur la mécanique et la morphogenèse des ovocytes.
En quoi votre doctorat vous est-il utile aujourd’hui ?
Le doctorat m’est utile au quotidien. Il m’a appris à chercher, conceptualiser, formuler des questions, y répondre, analyser et structurer les résultats — autant de compétences au cœur de mon métier de chercheuse.
Avez-vous vécu des transitions professionnelles ?
Oui, entre la thèse, le post-doctorat et le poste permanent. Ces transitions étaient à la fois choisies et nécessaires pour exercer ce métier.
Qu’est-ce qui a été le plus difficile ?
L’adaptation à de nouveaux environnements — culturels et scientifiques — ainsi que la peur de l’échec : « que faire si je n’y arrive pas ? »
Referiez-vous un doctorat ?
Sans hésiter. C’est une aventure scientifique et humaine exceptionnelle, qui apporte bien plus que des connaissances : une véritable formation globale, utile dans de nombreux métiers.
Que diriez-vous à un doctorant en doute ?
Le doute est inhérent au métier de chercheur — et même essentiel. Ce n’est pas une faiblesse, mais une force, à condition qu’il ne devienne pas paralysant.
Il est important de se connaître et de distinguer ses propres aspirations de celles projetées par l’entourage ou la société.
Quelle est votre plus grande réussite ?
Mes réussites sont à la fois scientifiques — notamment avoir contribué à décrypter le rôle de la mécanique dans le développement de l’ovocyte — et humaines.
J’ai encadré de nombreux étudiants et jeunes chercheurs, dont je suis très fière. Ils font partie de ma « famille scientifique » et ont largement contribué à la personne que je suis aujourd’hui.
Comment voyez-vous la suite de votre parcours ?
Difficile à dire : on ne sait jamais de quoi l’avenir sera fait.
Quels conseils donneriez-vous aux docteurs en transition ?
Prendre le temps, échanger avec des personnes d’horizons variés, éviter les comparaisons, rester honnête avec soi-même, apprendre à se connaître… et cultiver sa curiosité.
