Rencontrez Vedran Galetic : Senior AI Research Scientist chez Airbus

Pouvez-vous vous présenter ? D’où venez-vous ?
Je suis né et j’ai grandi à Zagreb, en Croatie. J’y ai obtenu un master en technologies de l’information et de la communication à la Faculté de génie électrique et d’informatique (FER). J’ai ensuite travaillé comme ingénieur logiciel chez Ericsson jusqu’à mon départ pour Bristol, au Royaume-Uni, en 2017, afin de rejoindre Airbus en tant que data scientist.

Dans quel domaine et dans quel contexte avez-vous réalisé votre doctorat ?
J’ai effectué un doctorat en linguistique et neurosciences cognitives à l’Université de Zagreb.

Pourquoi avez-vous décidé de faire une thèse ?
Je souhaitais formaliser des travaux de recherche portant sur des sujets interdisciplinaires qui suscitaient chez moi une profonde curiosité, notamment les fondements neuronaux de l’esprit et des comportements intelligents.

Quelle a été votre première étape après la soutenance ?
Prendre le temps de célébrer dignement cette réussite ! Puis, peu après, je me suis installé au Royaume-Uni, où je percevais davantage d’opportunités de carrière dans l’industrie tout en conservant un fort ancrage dans la recherche scientifique.

Aviez-vous un projet professionnel clairement défini à cette époque ?Pas vraiment. J’avais conscience qu’il serait difficile de poursuivre immédiatement, dans un contexte industriel, les thématiques de recherche développées pendant ma thèse. J’ai avancé étape par étape, en sensibilisant progressivement mes collègues à des sujets fondamentaux issus des sciences cognitives et des neurosciences, qui sont aujourd’hui devenus particulièrement pertinents pour la recherche et le développement en intelligence artificielle.

Quels ont été les principaux défis auxquels vous avez été confronté ?Le principal défi a consisté à concilier une recherche fondamentale de long terme avec les exigences d’applications concrètes dans un environnement industriel.

Quel est votre poste actuel et dans quel secteur travaillez-vous ?
Je suis Senior AI Research Scientist dans le secteur aéronautique.

En quoi votre doctorat vous est-il utile aujourd’hui ?
Mon doctorat m’aide à anticiper et à analyser les limites des systèmes d’intelligence artificielle actuels, ainsi que leurs conséquences en matière de confiance et de certification, des enjeux essentiels dans l’industrie aéronautique. Son caractère interdisciplinaire m’a apporté à la fois une légitimité scientifique et une vision suffisamment large pour aborder de manière rigoureuse et multidimensionnelle la question du développement durable et responsable de l’IA.

Quelles compétences développées pendant la thèse utilisez-vous le plus aujourd’hui ?
La compréhension des différentes approches disciplinaires des sciences cognitives et la capacité à dialoguer avec des spécialistes d’horizons variés — linguistes, psychologues cognitifs, neuroscientifiques, entre autres. Cette aptitude favorise les collaborations et les avancées collectives.

Avez-vous connu une ou plusieurs transitions professionnelles ?
J’ai toujours travaillé dans l’industrie, y compris pendant la réalisation de mon doctorat.

Avec le recul, referiez-vous une thèse ? Pourquoi ?
Sans hésitation. Cette expérience m’a énormément apporté. Elle m’a appris à être autonome et à développer mes propres idées afin de combler les lacunes identifiées dans l’état de l’art, puis à les mettre à l’épreuve à travers des études empiriques, avec un risque réel d’échec. Très tôt, j’ai pris conscience de l’immensité de ce que j’ignorais, tout comme de ce que les communautés scientifiques elles-mêmes ne savent pas encore. La thèse m’a également appris l’humilité : consacrer beaucoup de temps et d’efforts pour apporter une petite pierre à un vaste domaine de recherche. Enfin, et c’est peut-être l’essentiel, elle m’a préparé à l’apprentissage tout au long de la vie, une compétence indispensable pour réussir dans les métiers de la recherche.

Que diriez-vous à un doctorant ou une doctorante qui doute actuellement ?
Je lui dirais de tout mettre en œuvre pour aller au bout de sa thèse. Renoncer pourrait laisser des regrets. Le parcours doctoral est rarement facile, et beaucoup d’entre nous sont passés par des périodes de doute.

Quelle est votre plus grande réussite depuis l’obtention de votre doctorat ?
Avoir contribué à sensibiliser mon environnement professionnel aux enjeux centrés sur l’humain et à leur importance pour l’intelligence artificielle. Cette démarche a largement contribué à construire un parcours professionnel particulièrement enrichissant.

Comment envisagez-vous la suite de votre carrière ?
Je souhaite poursuivre mes travaux de recherche et ma formation continue dans les domaines de l’intelligence artificielle, des sciences cognitives et des neurosciences. Je continuerai également à partager ces connaissances en interne et à publier les résultats de mes recherches. Une collaboration académique sous la forme d’un fellowship universitaire représente également une perspective très attractive.

Quel conseil donneriez-vous aux docteurs et docteures en transition professionnelle ?
Soyez lucides et honnêtes quant à vos priorités et à vos attentes professionnelles. Ne laissez ni la vanité ni la pression de votre entourage influencer vos choix. Votre épanouissement professionnel doit de rester votre principal guide.

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