Rencontrez Camille Gaulon : Du labo à l’accompagnement
Pouvez-vous vous présenter de la façon dont vous le souhaitez ?
Je m’appelle Camille Gaulon, je suis docteure en acoustique et désormais passée dans les coulisses de la recherche : je suis responsable scientifique et pédagogique d’une école doctorale, autrement dit je travaille aux côtés de jeunes chercheurs passionnés et passionnants !
Dans quel contexte et dans quelle discipline avez-vous soutenu votre doctorat ?
J’ai soutenu mon doctorat en physique, spécialité acoustique en France, à l’Université Paris Cité (Paris Diderot à l’époque), au laboratoire MSC - Matière et Systèmes Complexes
Pourquoi avoir choisi de faire un doctorat ?
J’aimais beaucoup ma spécialité, l’acoustique, et j’avais envie de continuer à creuser ce sujet. J’avais par ailleurs effectué un stage de R&D en Master pour lequel on m’avait dit que les recrutements se faisaient au niveau doctorat, la petite graine d’idée avait été semée à ce moment-là. Pour au final, faire tout à fait autre chose aujourd’hui et ne rien regretter !
Quelle a été votre première étape après le doctorat ?
Je pense être au Guinness des Records du plus court post-doc de l’histoire : un mois, même raccourci à 2 semaines, dans mon laboratoire de thèse. L’idée était en fait de terminer une dernière étude expérimentale avec un de nos partenaires, tout en me donnant un peu plus de temps pour chercher ce que j’allais faire ensuite.
Aviez-vous un projet professionnel clair à ce moment-là ?
J’avais une direction générale en tête, qui pouvait alors se résumer à “rester dans le monde de la recherche sans être chercheuse moi-même”, mais rien de précis ni d’arrêté. Cela pouvait être de la médiation scientifique, à laquelle j’avais largement touché en thèse et qui me plaisait beaucoup, ou de la valorisation de la recherche, ou encore de l'accompagnement auprès de jeunes chercheurs. La dernière option est celle qui se rapproche le plus du travail vers lequel je me suis finalement tournée.
Quels ont été les principaux défis rencontrés ?
Je ne pouvais pas bénéficier des conseils de mes encadrants de thèse car ils connaissaient mal les débouchés hors académique, et personne dans ma famille n’avait suivi ce genre de cursus. Par ailleurs, il ne fallait pas que je regrette ensuite de m’éloigner de la recherche elle-même mais honnêtement, je savais ce que mon “gut feeling” me disait et il ne s’est pas trompé.
Quel est votre poste actuel et votre secteur d’activité ?
Je suis responsable pédagogique et scientifique d’une école doctorale. Concrètement, j’accompagne des jeunes chercheurs et chercheuses durant leur thèse, depuis leur sélection lorsqu’ils candidatent au programme jusqu’à la soutenance, avec une importance particulière attachée au programme de formation doctorale qu’on leur propose.
En quoi votre doctorat vous est-il utile aujourd’hui ?
Puisque je travaille au quotidien avec des personnes en thèse, il est essentiel de connaître l’expérience doctorale soi-même pour être des meilleurs conseils, autant sur la formation doctorale à mettre en place que pour être une personne ressource pertinente lorsque les doctorants rencontrent quelques difficultés.
Quelles compétences issues du doctorat utilisez-vous le plus ?
Il s’agit essentiellement des compétences transverses (les fameuses !) : au-delà de la connaissance du doctorat, il y a la gestion de projet, la capacité à communiquer auprès d’experts ou d’autres interlocuteurs, un esprit d’analyse et de synthèse, sans oublier l’esprit critique.
Avez-vous vécu une ou plusieurs transitions professionnelles ?Aujourd’hui, ma seule transition professionnelle a été de passer du métier de chercheuse à celui d’accompagnement scientifique et pédagogique. Beaucoup de sujets me passionnent et je reste très curieuse, alors une prochaine transition n’est pas impossible un jour !
Ces transitions ont-elles été choisies ou subies ?
Elle a été complètement choisie.
Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans ces changements ?
Un peu du syndrome de l’imposteur au début : d’autant que je devais accompagner des doctorants alors que je venais tout juste de soutenir moi-même. Heureusement, une fois qu’on a conscience de ce syndrome on peut commencer à le contrecarrer, progressivement. Le fait de savoir qu’on m’avait fait confiance en me recrutant, de la part des RH et des directeurs de l’école doctorale, a aussi été un argument rationnel qui m’a aidée.
Avec le recul, referiez-vous un doctorat ? Pourquoi ?
Oui, sans hésitation ! C’est une opportunité incroyable - et rare - de pouvoir se plonger dans un sujet pendant 3 ans, le creuser autant qu’on le veut, explorer, expérimenter. C’est un enrichissement personnel immense et cela forme sur tellement d’aspects.
Que diriez-vous à un doctorant en doute aujourd’hui ?
Que le doctorat est une expérience formatrice, où tout ne marche pas toujours comme prévu mais permet de développer plein de stratégies pour dépasser les obstacles, ce qui est ensuite utile dans beaucoup d’autres contextes. Aussi, si le doute concerne le devenir professionnel, j’insisterais sur le fait qu’une thèse peut mener à bien des métiers, y compris certains dont on n’a même pas connaissance.
Comment voyez-vous la suite de votre parcours ?
Je me vois continuer à travailler auprès de jeunes chercheurs, autant que possible, car ce sont elles et eux qui vont façonner le monde de la recherche de demain. Je développe aussi de plus en plus de collaborations internationales (souvent autour du doctorat), c’est une voie dans laquelle je me vois bien m’engager davantage.
Quels conseils donneriez-vous aux docteurs en transition ?
Ne surtout pas restreindre le champ des possibles : l’horizon et les options sont sincèrement vastes ! Faites-vous confiance, vous avez énormément de capacités différentes à mettre en œuvre.
